Introduction
La collaboration libérale est un mode d’exercice très répandu chez les ostéopathes, en particulier pour les jeunes praticiens qui débutent. Elle offre la possibilité de travailler dans un cabinet déjà installé, développer son expertise grâce au mentorat auprès de la personne titulaire, tout en construisant progressivement sa propre patientèle.
Mais ce dispositif, créé par la loi du 2 août 2005, est encore trop souvent mal appliqué : absence de contrat écrit, clauses abusives, confusion avec l’assistanat ou le salariat… Autant de situations qui fragilisent la profession et provoquent des conflits évitables.
Dans cet article, nous décryptons un modèle type de contrat de collaboration libérale (disponible ici) pour aider les ostéopathes à mieux comprendre leurs droits et obligations, et à sécuriser leur pratique.
Avertissement : Ces informations, bien que documentées et attentivement recoupées, sont fournies à titre informatif. Elles ne constituent pas une référence juridique et leur valeur légale n’est pas garantie. Chaque praticien est responsable de faire valider son contrat de collaboration libérale par un professionnel compétent (avocat, juriste spécialisé) afin d’assurer sa conformité à la législation et aux règles déontologiques en vigueur.
Qu’est-ce que la collaboration libérale en ostéopathie ?
La collaboration libérale est encadrée par l’article 18 de la loi du 2 août 2005. Elle repose sur trois principes fondamentaux :
- Indépendance du collaborateur, sans lien de subordination.
- Responsabilité professionnelle de chaque partie.
- Possibilité de constituer une patientèle personnelle.
Si ces principes ne sont pas respectés, le contrat risque d’être requalifié en contrat de travail, avec toutes les conséquences juridiques et économiques que cela implique (cotisations salariales, retraite, etc.)
Les obligations réciproques : titulaire et collaborateur
Le titulaire
- Met à disposition des locaux, équipements et moyens techniques.
- Facilite l’intégration du collaborateur au cabinet.
- Assume les frais de fonctionnement (refacturés via la redevance).
Le collaborateur
- Prend en charge les patients confiés par le titulaire.
- Exerce en toute indépendance thérapeutique.
- Dispose de sa propre assurance responsabilité civile.
Le contrat doit rester équilibré : le collaborateur n’est pas un salarié, et le titulaire n’est pas un employeur.
N.B. Le statut d’assistant n’existe pas pour l’instant en ostéopathie juridiquement parlant. Il existe pour les kinésithérapeutes où il se différencie du contrat de collaboration notamment par l’absence de constitution de patientèle propre pour l’assistant·e. Tant que le statut d’assistant n’est ni défini ni règlementé pour le titre d’ostéopathe, il convient d’éviter de l’employer qui prête à confusion et est probablement à la source de bon nombre d’erreurs d’interprétation de la relation titulaire – collaborateur·rice.
Le développement d’une patientèle personnelle
Le droit de constituer une patientèle personnelle est au cœur de la collaboration libérale. Le contrat doit prévoir :
- des plages horaires réservées,
- la possibilité d’apposer une plaque professionnelle,
- une visibilité sur les supports de communication du cabinet.
💡 Astuce pratique : consigner régulièrement par écrit le recensement des patientèles respectives. Cela évite tout litige lors de la fin du contrat.
Redevance et rémunération
Le collaborateur verse une redevance au titulaire, qui peut être :
- proportionnelle aux honoraires encaissés (ex. 30 %), cas le plus fréquent.
- forfaitaire (ex. 700 €/mois)
Conditions essentielles :
- Elle doit être justifiée et proportionnée.
- Le titulaire doit vérifier son éventuel assujettissement à la TVA.
Une redevance excessive ou injustifiée peut être contestée devant un juge.
Durée, rupture et préavis
Le contrat peut être conclu :
- à durée déterminée (minimum 6 mois, attention pas de tacite reconduction, mais possibilité de renouveler volontairement)
- ou à durée indéterminée, avec renégociation régulière.
Le contrat prévoit aussi :
- une période d’essai, avec préavis progressif,
- des conditions de rupture (préavis souvent fixé à 3 mois),
- la possibilité de rompre pour faute grave, force majeure, ou accord mutuel.
Conseil pratique : éviter les contrats trop courts, contraires à l’esprit de la loi, qui empêchent le développement d’une véritable patientèle personnelle.
Clauses sensibles : remplacements, maternité et non-concurrence
- Remplacements : le collaborateur peut se faire remplacer, mais le titulaire ne peut pas exercer de contrôle excessif (sinon risque de subordination).
- Maternité/paternité : la loi protège les collaboratrices enceintes et les jeunes parents (suspension possible du contrat).
- Non-concurrence : clause facultative et valable uniquement si limitée dans le temps et l’espace. Sinon, la clause risque d’être nulle et de mettre en péril la validité du contrat.
Conclusion : un partenariat gagnant-gagnant
La collaboration libérale en ostéopathie n’est ni un salariat déguisé, ni un assistanat. C’est un outil pensé pour favoriser la transmission, l’accompagnement et l’indépendance progressive.
- Pour le titulaire, c’est un moyen de renforcer son cabinet et de préparer l’avenir.
- Pour le collaborateur, c’est un tremplin pour s’installer et développer sa patientèle.
À retenir :
- Ne jamais collaborer sans contrat écrit.
- Vérifier que la patientèle personnelle est bien prévue.
- Exiger une redevance proportionnée.
- Se méfier des clauses abusives (non-concurrence, remplacements).
En respectant l’esprit de la loi, la collaboration libérale peut redevenir ce qu’elle devrait toujours être : un partenariat équitable et formateur, au service des ostéopathes et de leurs patients.






